Il s'agit d'un débat mensuel de "questions pour voir" dans le domaine de la politique en matière d'alcool.
2008 septembre
in English
De la cuite d’un soir à la consommation excessive
La « consommation occasionnelle excessive d’alcool » ou autrement dit, la cuite d’un soir, est un concept bien connu des professionnels qui évoluent dans le domaine de la prévention de la toxicomanie. La consommation occasionnelle excessive d’alcool est une terminologie du Centre de toxicomanie de santé mentale (CAMH) qui fait référence à la consommation d’un minimum de quatre verres pour les femmes et de cinq verres pour les hommes, en une seule occasion.
Pourtant, depuis quelques années, un autre terme, « consommation excessive d’alcool » est lui aussi employé pour décrire les habitudes de consommation d’alcool de certains jeunes à l’école secondaire et au collège. Cette consommation excessive d’alcool dépasse de beaucoup le seuil minimal qui définit la cuite d’un soir (consommation occasionnelle excessive), remarque le Docteur Aaron White, du Duke University Medical Center (Centre médical de l’Université Duke). Il ajoute que cette consommation excessive d’alcool correspond au double, voire même au triple, des quantités minimales habituelles qui constitute une cuite d’un soir ou consommation occasionnelle excessive, soit le concept le mieux connu.
D’ailleurs, les spécialistes tentent actuellement de déterminer si ce type de consommation excessive d’alcool, également appelé consommation occasionnelle excessive d’alcool épisodique, serait une forme d’alcoolisme.
« Nous pensons habituellement que le terme alcoolisme fait référence à un comportement éthylique chronique », explique Thomas Brown, un spécialiste de la toxicomanie et professeur à la Faculté de médecine de l’université McGill. « Mais cette notion de consommation extrêmement importante et sporadique, commence à nous préoccuper beaucoup ».
À ce titre, les services de toxicomanie de la Nouvelle-Écosse ont identifié la consommation excessive d’alcool comme un problème chez les jeunes âgés de 19 à 29 ans. Ces services définissent la consommation excessive comme le fait de boire bien plus que le corps ne peut le supporter, ce qui peut entraîner des risques de perte de connaissance, de perte de la mémoire, de jugement affaibli, d’éclipse mentale (« black-out »), de vomissements, de blessures et de surdoses d’alcool. Les services de toxicomanie de la Nouvelle-Écosse ont d’ailleurs lancé une campagne bilingue de commercialisation et de sensibilisation, intitulée en français La quantité d’alcool nécessaire pour te faire perdre connaissance est dangereusement près de la quantité d’alcool nécessaire pour te tuer, pour souligner les dangers de la consommation excessive d’alcool, tout en fournissant des suggestions de stratégies sécuritaires.
Parallèlement à la quantité d’alcool consommée, le type de fête (« party ») et le type de personnes qui y participent, influencent également la quantité d’alcool qu’une personne va boire. En effet, les chercheurs du Center for Substance Abuse Research [PDF] (Centre de recherches sur la toxicomanie), à l’Université du Maryland, ont conclu que les étudiants qui étaient présents à une soirée où l’alcool était disponible, avaient davantage de chances d’être saouls que ceux assistant à des fêtes où l’alcool n’était pas disponible (10,5 % comparé à 0,5 %). D’autres facteurs en rapport [PDF] avec le type de fête qui augmentent les risques de finir en état d’ébriété, comprennent notamment la taille de la soirée (les plus grosses soirées), l’emplacement de la soirée (fête d’avant-match, maison de club d’étudiants (Fraternity), fête hors campus mais à proximité de l’université), ainsi que le nombre d’ami(es) qui accompagnent l’étudiant(e) (un plus grand nombre d’ami(es)).
Il faut également souligner que la consommation excessive d’alcool ainsi que la consommation excessive occasionnelle d’alcool (cuite d’un soir) ne sont pas juste l’apanage de la population masculine. En effet, on pouvait penser qu’autrefois les jeunes hommes couraient un plus grand risque que les femmes de consommer trop d’alcool à l’occasion. Mais les recherches de CAMH (2007) ont toutefois conclu qu’il n’existait aucune différence significative entre les hommes et les femmes en ce qui concerne la consommation occasionnelle excessive d’alcool (respectivement 27 % et 25 %); en ce qui concerne l’état d’ébriété (25 % et 24 %); ou la consommation d’alcool à risque (19 % et 18 %).
À ce titre, selon une étude du Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies, quatre femmes sur dix, âgées entre 18 et 19 ans, consomment cinq boissons alcoolisées ou plus au cours d’un épisode de consommation d’alcool typique, comparé à cinq hommes sur dix du même âge. Parmi les femmes âgées de 15 à 24 ans, une sur dix s’adonne à une consommation excessive occasionnelle d’alcool comparé à environ deux hommes sur dix dans la même tranche d’âge.
« Nous encourageons les jeunes filles à prendre leur place dans ce qui semblait un schéma de comportement plutôt masculin, y compris la forte consommation d’alcool », constate Thomas Brown de l’université McGill.
Alors que la rentrée scolaire 2008-2009 est à nos portes, le moment serait donc opportun pour les établissements scolaires et universitaires de se pencher sur leur politique régissant la disponibilité des boissons alcoolisées ainsi que la discipline concernant leur consommation abusive, sans oublier leurs efforts de prévention ciblant la population féminine. Les responsables de ces politiques au sein de ces établissements devraient également prendre des décisions, et les mettre en œuvre, pour éviter toute consommation excessive d’alcool, par des règlements ou diverses politiques. Cette démarche pourrait être en partie appliquée par:
- des séances éducatives obligatoires et répétées sur les boissons alcoolisées, au cours des activités d’orientation tant dans les établissements secondaires que dans les établissements universitaires de premier cycle;
- par également une formation obligatoire des serveurs et serveuses dans les bars gérés en milieu universitaire;
- par de la formation sur la santé et la sécurité des responsables des résidences universitaires et de la sécurité sur les campus;
- en limitant la publicité pour les boissons alcoolisées sur le campus;
le tout accompagné de la création et de la diffusion de l’information sur les politiques régissant les boissons alcoolisées, où s’adresser pour obtenir de l’aide et quels sont les sanctions en cas d’infractions à ces politiques.
Parallèlement, la province de l’Alberta a imposé, au cours de l’été, des prix minimum pour les boissons alcoolisées dans les bars, pour tenter de limiter la consommation des clients. Cette nouvelle réglementation s’inspire d’une législation contre la consommation occasionnelle excessive d’alcool au Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario, au Nouveau Brunswick et en Nouvelle-Écosse et marque un premier pas louable illustrant comment les gouvernements peuvent s’attaquer à cette question.
Pour de plus amples renseignements pour concevoir et mettre en œuvre des politiques sur les boissons alcoolisées, veuillez consulter le guide disponible passer à l'action. They are also available in English.
Une nouvelle législation canadienne sur la conduite en état d’ébriété
Depuis le 2 juillet 2008, la police a le droit d’exiger, dans des circonstances précises, que des personnes soupçonnées de conduire en état d’ébriété, se livrent à une « épreuve de coordination des mouvements » et passent une « évaluation de la présence de drogues » (EPD).
Ces modifications apportées aux épreuves de coordination des mouvements permettent maintenant à la police de demander à un conducteur ou une conductrice, de subir ces épreuves si les autorités soupçonnent toute présence d’alcool ou de drogue dans le sang de cette personne. Ces épreuves se basent sur le protocole du test normalisé de sobriété administré sur place (TNSAP) reconnu internationalement. Si un conducteur ou une conductrice échoue au TNSAP, cela donne alors à la police des raisons raisonnables de croire que les facultés de ce conducteur/conductrice sont affaiblies et donc d’exiger davantage d’examens.
Les nouvelles dispositions de l’évaluation de la présence de drogues (EPD) autoriseront des officiers de police spécialement formés et certifiés à mener une EPD afin de déterminer si les facultés du conducteur/de la conductrice sont affaiblies par des drogues et, le cas échéant, le type de drogues impliqué. Les résultats de l’examen ne constitueront pas une preuve de facultés affaiblies, mais confirmeront plutôt si le prélèvement contient le type de drogues identifié. Si aucune drogue n’est présente, l’infraction pour conduite en état d’ébriété sera alors suspendue.
Les critiques de la nouvelle Loi estiment que ces amendements ne feront qu’alourdir les tribunaux criminels déjà surchargés, car les procès pour conduite en état d’ébriété constituent déjà près de 1/3 de tous les cas.
Toutefois, le Dr Robert Solomon, directeur des politiques juridiques chez MADD Canada, estime que ces amendements faciliteront la tâche de la police pour effectuer des prélèvements de sang après des accidents automobiles graves, dans lesquels il est soupçonné que l’alcool ait joué un rôle. Ces amendements devraient également permettre de réduire les possibilités pour les accusés de plaider « une preuve contraire » pour tenter d’éviter d’être condamné.
« La législation compliquera la tâche des personnes qui boivent, qui prennent le volant et qui tuent et qui cherchent à éviter d’assumer leurs responsabilités », relève Dr Solomon.
Bien que cette démarche soit un grand pas en avant, de nombreux organismes, y compris OPHA, CAMH et MADD Canada, estiment que le nombre de cas de conduite en état d’ébriété ne reculera pas spectaculairement, à moins que le taux d’alcoolémie dans le sang pour une accusation criminelle ne baisse de 0,08 à 0,05. De nombreuses unités de santé locales ont également été impliquées dans ce type d’activités récemment.